|
 La
gauche lance son projet de caisse unique
Le débat sur la création d'une caisse maladie unique repart de
plus belle, à peine une semaine après la dernière annonce d'une
hausse des primes 2011.
La gauche, alliée à plusieurs organisations, a présenté jeudi
son projet d'initiative populaire, qui devrait être lancée ces
prochains mois. Cette caisse unique, chargée de l'assurance de
base obligatoire, s'inspire des modèles de l'AVS et de la caisse
nationale d'assurance accidents SUVA. Elle prendrait la forme
d'une institution nationale de droit public dont les organes
seraient composés de représentants de la Confédération, des
cantons, des assurés et des fournisseurs de prestations.
Le financement resterait assuré par des primes par tête. Celles-
ci seraient fixées et encaissées par des agences cantonales,
voire intercantonales, qui se chargeraient aussi du paiement des
prestations. Les primes seraient calculées par canton, sur la
base des coûts de l'assurance de base.
Les leçons de 2007
L'Association pour une caisse maladie publique a tiré des leçons
de l'échec devant le peuple en 2007 d'une première initiative de
caisse unique: la cantonalisation de l'organisation proposée,
via les agences régionales, devrait faciliter l'adhésion des
gouvernements cantonaux au projet, a souligné Mathieu Fleury,
vice- président de l'association et secrétaire général de la
Fédération romande des consommateurs (FRC).
«L'autre raison de l'échec était le financement de la caisse
unique par des primes en fonction du revenu», souligne M.
Fleury. Nombreux étaient ceux qui, dans la classe moyenne,
craignaient de devoir payer plus qu'auparavant. Ce principe est
donc abandonné par les initiants.
Intimidation
Les initiants se sont longuement répandus sur les méfaits du
système actuel, une pseudo-concurrence, «un non-marché», «un
non- sens, une illusion», selon le conseiller national (PS/VS)
et membre du comité de l'Association pour une caisse-maladie
publique Stéphane Rossini.
Un système avec des effets pervers, tels la sélection des
risques, le manque de transparence, le report des réserves, les
frais publicitaires et autres commissions de courtage. Le
représentant de l'Association suisse de physiothérapie
(physioswiss) Roland Paillex a même dénoncé les tactiques
d'intimidation de certaines caisses, qui n'hésitent pas à
limiter arbitrairement le nombre de séances accordées à leurs
clients.
«Les caisses maladie sont des tiroirs-caisse et non une
assurance de santé publique», martèle encore Stéphane Rossini.
«La véritable injustice se trouve dans les inégalités des
primes», ajoute-t-il. D'où la nécessité de s'attaquer à la
structure, et non seulement aux questions de financement ou de
réduction des coûts.
Les initiants ne prétendent d'ailleurs pas résoudre la question
des coûts de la santé. Ceux-ci dépendent de bien d'autres
facteurs que celui de l'assurance maladie. Quiconque promettrait
une réduction massive des primes serait d'ailleurs un charlatan,
ose Jean-François Steiert, conseiller national (PS/FR) et
vice-président de la Fédération suisse des patients.
La victoire se jouera outre-Sarine
Reste à convaincre les cantons d'outre-Sarine, qui ont davantage
senti passer la hausse des primes cette année. «La victoire se
gagnera dans les cantons alémaniques», assure Mathieu Fleury.
En annonçant le lancement de l'initiative en novembre 2009, le
PS misait sur l'appui du camp bourgeois. Un camp bien absent de
la coalition qui se présentait jeudi devant les médias. A côté
du PS, seuls les Verts et le Parti évangélique en constituaient
l'aile politique. Et physioswiss était le seul corps
professionnel présent.
«C'est une structure ouverte, nous sommes en discussion avec les
partis et les corps médicaux», répond Erika Ziltener, présidente
de l'association. Le processus est au début. Et Mathieu Fleury
d'ajouter: «Si ce ne sont pas des partis, ce seront du moins des
personnalités de tous bords qui nous rejoindront».
Le texte de l'intiative est actuellement en examen à la
Chancellerie fédérale. Les initiants pensent pouvoir démarrer la
récolte de signatures en janvier ou février 2011.
10.10 |